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En route vers Nha Trang

dimanche 8 décembre 2002, par Ivan


Je prends un taxi au pied du mini-hôtel encore en construction, où j’ai passé la nuit. Il est 5 h du mat’, et il pleut. Les rues sont quasi désertes. Néanmoins, les premiers levés prennent leur petit déjeuner sur le pas de leur magasin, accroupis autour d’une petite table en plastique. Une fille vêtue style tailleur, remarquable dans ce genre d’assemblée matinale, va sans doute à son travail dans un bureau à l’autre bout de la ville. On passe un brasero à un image 260 x 173 (JPEG)angle de rue où un gars y remue les bouts de bois qui projettent des étincelles malgré la pluie. Et puis, les premières mob... Il est 5 h, Hanoi s’éveille.

Du quartier Est, le taxi prend une espèce de périphérique à trois voies assez récente. Tout d’un coup, il pile, me réveillant de mon demi sommeil d’habitué aux grasses matinées dominicales. Effectivement, se trouve devant nous sur la trois-voies un marché improvisé de fruits et légumes, à ce que je devine au travers des vitres kaléidoscopes, alors que la pluie ruisselante s’intensifie. Des camions à la remorque ouverte dégorgent des trucs verts grâce à de nombreux chapeaux pointus hyper actifs. D’autres déballent de leurs gros sacs juchés sur leurs vélos toutes sortes d’autres choses vraisemblablement végétales. Le taxi se fraye un chemin à coups de klaxon dans ce Rungis improvisé qui aura sûrement disparu dans quelques heures. Au bout de 50 m, on retrouve une trois-voies libre, et le taxi accélère de nouveau, tout en faisant attention aux vélos ou aux mobylettes qui surgissent de la nuit à contresens et qui apportent leurs produits au marché qu’on vient de dépasser. Plus loin, nous rencontrons un autre marché improvisé, mais celui-là dédié aux fleurs, et qui n’entame q’une seule voie.

Enfin, on récupère la route qui mène à l’aéroport alors que la faible lumière du soleil levant prend assez de force pour percer la couverture nuageuse, et le mélange de pluie et de brume.

J’attends, comateux, dans la salle d’embarquement, et je sympathise avec un habitant d’Hanoi qui travaille pour une grosse marque automobile et dont la famille est en partie agricultrice et en partie aquacultrice. Échange de clopes de l’amitié... Mouais... À 6 h du mat’... Mais bon, je suis debout depuis assez longtemps.

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L’arrivée à Nha trang m’impressionne toujours un peu. Les manœuvres de positionnement de l’avion permettent de voir les îles et la plage de Nha Trang sous des angles fantastiques. Le début de la piste étant au bord de la mer, l’atterrissage donne l’impression que le pilote est lui aussi dans le pâté à cette heure matinale et qu’il a visé trop court, et qu’on va se poser dans l’eau ! Au moment où on peut compter les bulles de l’écume des vagues, surgit un terrain de foot en bord de plage et la route où, au passage, les roues de l’avion peuvent décoiffer les motocyclistes. Et hop ! On se retrouve posés sur la piste. L’aéroport est plutôt un aérodrome récupéré aux Américains. L’avion s’arrête devant l’aérogare et on débarque enfin sur le tarmac. Wow, j’ai enfin le sentiment d’être sous les tropiques ! Une petite bouffée de chaleur après la fraîcheur d’Hanoi... On récupère rapidement les bagages dans la petite salle de débarquement qui donne sur le parking à taxis. Et ici, en général, les vrais et faux taxis arrivent à y entrer, grâce à la bénédiction - vraisemblablement financée - du portier. Ils vous proposent une course plus l’hôtel le meilleur de la planète pour un prix cheap.

image 261 x 112 (JPEG)Dès la sortie de l’aéroport, dans mon faux taxi, je me retrouve sur la route principale, Tran Phu, qui longe la mer. Quel plaisir de revoir Nha Trang et de retrouver la même activité dans les rues comme si je ne les avais quittées que la veille ! Mais il y a quelques changements. Le parc d’attractions qui était encore en construction il y a un an est désormais achevé. Une succession de manèges, tobogans aquatiques, piscines et buvettes sur peut-être 300 m de long au bord de la plage. Beurk... Plus loin, on peut voir des bungalows en construction au niveau d’une petite base de bateaux de pêche.

C’est dimanche. Je peux donc me balader librement une partie de la journée avant de retrouver mes deux collègues pour finir de préparer la première journée de travail avec nos partenaires vietnamiens. Il y a image 222 x 148 (JPEG)eu quelques nouveaux aménagements sur la plage, là où il y a ces bars et restaurants en face de la tour du Lodge Hotel. Un renfort en béton, aménagé en promenade, longe désormais ces restaurants pour les protéger de l’érosion et des vagues lorsque la mer est grosse. Apparemment, cet été, un de ces restaurants a été bien abîmé. Le vieux 4 Seasons Cafe a laissé la place à un nouveau réaménagé. Le Coconut est toujours bien là, avec sa déco de bambous et de tables en souches d’arbres.

Le ciel est très couvert. À quelques kilomètres, le sommet des montagnes d’un vert sombre est caché dans une mer de coton gris. De la plage, on ne distingue que les îles les plus proches. Les autres sont des ombres dans la brume. Les vagues sont grosses. Novembre et décembre sont les mois de mauvaise saison.

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Enfin je retrouve Hiep, un gars qui vit de la vente de T-shirts, de la location de mob et d’arrangements avec le resto près de la place à l’espèce d’obélisque, juste en face du Lodge Hotel. Je l’avais rencontré la première fois où je suis venu à Nha Trang, un an et demi plus tôt. Et depuis un an, wouah, il s’est marié et a eu un bébé. Ce gars est extra. Et son amitié désintéressée, son sourire et son volontarisme, même en parlant de sujets de la réalité quotidienne pourtant rude, donne de belles leçons de relativité.

Il y a toujours autant de gamins colporteurs de chewing gums, cigarettes, bracelets, bouquins d’occasion ou copiés, ou encore cireurs « Hey, shoe shine ? ». Van est une enfant de 13 ans rigolote. Elle ne va plus à l’école, mais doit vendre ce genre de trucs. Tout comme la légion de ses « collègues », elle doit vendre un paquet de cacahuètes à tous les 50 étrangers qu’elle démarche. Comme beaucoup d’entre eux, elle a un sourire extraordinaire et communicatif. Il est d’autant plus extraordinaire quand on se dit qu’à 13 ans soi-même on était loin de ses problèmes, loin de pouvoir parler comme cela avec un adulte, ou encore de gagner sa vie et celle de sa famille. Ici, on doit apprendre à ne pas avoir le cœur fendu, mais à accepter cela en partie et à dire non aux démarchages, sinon on se ruinerait en chewing gums. Toujours autant de cyclos et de gars en mob qui alpaguent avec des « Hey you, how are you today ? », « Hey you, cyclo ?? », « Hey you, motorbike ??? »....qui se complètent parfois le soir de « Looking for lady ? ».

Malgré tous les milliers de « non » plus ou moins secs (et ça m’arrive sûrement vu le nombre...) qu’ils prennent chaque jour, l’attente du client de la journée, ils restent aimables ou, tout au moins, ils vous respectent, n’ont pas d’animosité. En tout cas, ils ne le montrent pas. Parfois, le simple fait de pouvoir converser un peu avec un étranger leur fait plaisir... au moins avoir un échange qui ne sera pas limité à « -cigarettes ? chewing-gum, T-shirt ?? », « -No ».

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En fait, ce qui fait qu’on s’attache au Vietnam, outre la beauté du pays, le choc culturel, l’énergie et le travail laborieux qu’on voit partout déployés dans les rues et les champs, sans apitoiement, ce sont toutes ces occasions de faire des rencontres ou de converser de manière désintéressée, et l’esprit généralement très accueillant, curieux de l’autre.

Bon, retour au travail... Et à l’esprit plus difficile à cerner quand il s’agit de négocier et de parler coûts. Et encore, dans ce qui nous amène ici, il ne s’agit pas de « buziness », mais d’un projet de développement d’aquaculture « durable » de la crevette dans le delta du Mékong...

25 novembre 2002


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